La rencontre Mokri – Ouyahia a «troublé la sérénité de l’opposition»

> Interviews - publié le 14/07/2015 - 16:36 | Dernière mise à jour: 01/11/2015 - 17:30
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Personne interviewée: Soufiane Djilali, Président de Jil Jadid
Interview réalisée, le 13 juil 2015, par: Nadia Mellal - source: TSA Algérie
En décidant unilatéralement de dialoguer avec le pouvoir, le président du MSP, Abderrazak Makri, a ouvert une brèche au sein de la CNLTD qui réclame des présidentielles anticipées. Dans cet entretien, Soufiane Djilali, président de Jil Jadid? revient sur la rencontre Mokri-Ouyahia et son impact sur la cohésion de l’opposition.
Comment avez-vous réagi à l’audience accordée par la présidence à Mokri?
La visite d’une délégation du MSP à Monsieur Ouyahia a bien évidemment troublé quelque peu la sérénité de l’opposition. Il faut dire que le timing et surtout le communiqué de la présidence faisant état de la rencontre juste avant la réunion de l’Instance de consultation de l’opposition (Icso) ont amplifié le malaise. L’intention de faire capoter la réunion était claire. La manœuvre n’a cependant pas réussi. L’Icso a tenu tranquillement sa réunion, ouverte à la presse, sur la situation à Ghardaïa.
Étiez-vous au courant de cette rencontre?
Non. À ma connaissance, personne ne l’était. C’est ce qui a jeté le froid. Cependant, il faut savoir relativiser tout cela. Dès le mois de février, madjlis echoura (conseil consultatif) du MSP avait annoncé le principe de consultations tous azimuts, y compris avec le pouvoir. Le président du MSP s’était alors longuement expliqué au sein de la CNLTD. Il avait affirmé qu’il ne s’agissait ni d’une initiative ni de dialogue. En tous les cas, cela ne pouvait concerner que le MSP sans engager l’opposition.
Allez-vous continuer à vous réunir avec Mokri?
Il devra y avoir, les prochains jours, une réunion de la CNLTD pour clarifier la situation. Je pense qu’en tant que partenaires, nous avons droit à une bonne explication même si cela n’est pas toujours agréable. Je tiens à préciser, que M. Mokri en tant que personne a toujours été correct. Il faut réaffirmer qu’il a été d’un grand apport pour la CNLTD et pour l’Icso. Son discours a jusqu’ici était clair. Je ne peux pas, par contre, dire cela de tous les cadres du MSP. En particulier, l’ancien président, Monsieur Abou Djerra Soltani, qui tient des propos contraires aux positions de son parti. Je sais qu’il est très pressé pour retrouver un strapontin gouvernemental mais tout de même un peu de respect ! Tout le monde savait que M. Mokri subissait des pressions à l’intérieur du parti. La presse et des chaînes de télévision du pouvoir portaient à bout de bras les pro-pouvoirs du MSP. C’était indécent. Peut-être que M. Mokri a voulu faire le jeu de l’équilibrisme en cédant sur certains aspects de sa politique. Dans ces conditions, c’est aux dirigeants du MSP de clarifier leur ligne de conduite. Cette clarification est nécessaire tant pour l’image du MSP que pour ses partenaires.
Allez-vous vous méfier dorénavant de Mokri?
Il ne s’agit pas de méfiance ou de confiance. L’opposition a réussi quelque chose d’exceptionnelle avec la réunion de Mazafran et la constitution de l’Icso. Mais le chemin est encore long. Le pouvoir utilisera tous les moyens, licites et illicites pour nous casser. Il ne faudra pas lui prêter le flanc. Chacun doit assumer sa responsabilité. Nous avons besoin de savoir définitivement si le MSP a stabilisé sa position. Sinon comment pourrions-nous travailler ensemble?
Est ce que Mokri continuera à siéger au sein de la CNLTD?
Sa place naturelle est dans la CNLTD. Et puis, il ne faut pas non plus exagérer cette affaire. Jetez un œil du côté des partis du pouvoir et vous verrez comment des dissensions autrement plus graves minent leur relation. Voyez comment Ouyahia a été rabroué comme un débutant par Saâdani et comment Sellal a été taclé cyniquement par le premier nommé. Un Directeur de cabinet de la présidence qui défend fièrement « l’oligarchie » sans même une précaution par rapport à son obligation de réserve. La « bicoque » du Premier ministre est en très mauvais état. Le pouvoir est en train de s’effondrer. Et derrière tout cela, c’est l’avenir du pays, celui de nos enfants, qui est en jeu. L’Algérie a besoin, plus que jamais, de sortir de cette crise infernale : Ghardaïa, In Salah, vacance à la présidence, lutte de clans dans le sérail, course débridée à la succession, corruption de grande ampleur, crise économique gravissime à l’horizon. L’opposition, toute l’opposition y travaille. M. Mokri y compris. Maintenant, si le MSP change de cap, c’est à lui d’assumer ses choix. Quant à l’opposition, elle continuera son chemin jusqu’à la réalisation de ses objectifs notamment la construction d’un État de droit.