Soufiane Djilali : "La fraude est inhérente à ce système politique"

> Interviews - publié le 04/05/2017 - 18:04 | Dernière mise à jour: 04/05/2017 - 18:04
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Personne interviewée: Soufiane Djilali
Interview réalisée, le 3 mai 2017, par: Adlène MEDDI - source: LE POINT
Soufiane Djilali
L'opposant et président du parti Jil Jadid (Nouvelle Génération) explique son choix de boycotter les législatives du 4 mai.
Le Point Afrique : pourquoi boycotter ces législatives ?
Soufiane Djilali : Tout simplement parce qu'il ne s'agit pas d'élections, mais d'une distribution de quotas de sièges pour les partis politiques consentants avec une majorité absolue qui sera dévolue aux appareils politiques du pouvoir, FLN et RND. La fraude est inhérente à ce système politique qui n'a qu'un seul objectif : se perpétuer, quoi qu'il en coûte pour le pays. Pendant près de trois années, l'opposition qui s'était structurée au sein d'une « instance de concertation et de suivi de l'opposition » (icso) avait réclamé haut et fort une commission indépendante pour la gestion des élections. Le pouvoir a alors instauré une « haute instance de contrôle des élections », qui lui est totalement inféodée. Le président de la République, qui est en même temps président du FLN, désigne directement et indirectement l'ensemble des 410 membres de cette instance qui est en réalité l'instrument de légitimation de la fraude. En Algérie, tout le monde sait que le système trafique sans vergogne les élections. Malheureusement, une bonne partie de l'opposition a renoncé à ses exigences en acceptant de faire le jeu du pouvoir et, par ailleurs, les partenaires de l'Algérie consentent à fermer les yeux pour des intérêts économiques. Dans ce contexte, participer aux élections, c'est se priver éthiquement, en tant que parti politique, de dénoncer ces pratiques malhonnêtes qui privent les Algériens d'un État de droit et d'une véritable démocratie.
Comment votre campagne du boycott s'est-elle passée ?
Dans l'ambiguïté. Autant nous étions bien reçus sur le terrain par nos concitoyens, autant nous subissions la censure des médias orchestrée par le gouvernement. Le ministre de la Communication s'est même fendu d'une circulaire à l'ensemble des médias télévisés et écrits pour leur interdire d'inviter des « boycotteurs » dans leur espace d'expression. Heureusement qu'il y a aujourd'hui plus de 17 millions d'Algériens branchés sur les réseaux sociaux. Et là, je peux vous dire que la campagne pour le boycott a été très active avec un grand succès. En tout état de cause, nous avions pu mobiliser la société civile à travers le territoire, où nos actions de proximité ont été très appréciées. Lors du scrutin, il faudra regarder l'affluence réelle dans les bureaux de vote, qui sera très faible de toute façon. De discrets sondages donnent un taux de participation insignifiant. Bien entendu, le pouvoir réajustera le taux et le mettra à un niveau « honorable ». Ne seront trompés que ceux qui voudront bien l'être !
Quelle action allez-vous initier après cette élection ?
Nous allons engager un travail de rassemblement des forces politiques et de celles de la société civile. Le régime politique est en grande difficulté. Le président de la République, sur lequel a été construit le régime depuis près de vingt ans, est gravement malade. Le sérail est dans le désarroi et, en même temps, en crise. M. Bouteflika avait rassemblé autour de lui un aréopage hétéroclite intéressé par la rente des hydrocarbures. Il n'y a aucune homogénéité politique ou idéologique, si ce n'est le partage de la rente. La crise financière et économique que traverse le pays depuis la chute des prix du pétrole a faussé les calculs. Il devient de plus en plus difficile d'entretenir des clientèles prédatrices, voraces et incompétentes. L'économie est un désastre et les hommes du régime sont honnis par la population. D'autre part, une nouvelle génération est en train d'émerger. Elle a d'autres valeurs, plus modernes, elle est plus ouverte sur le monde et plus ambitieuse pour son pays. C'est à elle de prendre son destin en main. C'est à elle de constituer maintenant une véritable alternative à ce pouvoir. Plus ce régime dure et plus il expose le pays au chaos. Tout le monde sera alors perdant. Si c'est Emmanuel Macron qui gagne l'élection présidentielle, j'espère qu'il ne mènera pas la politique de soutien aveugle au régime algérien qu'aura menée M. Hollande !